« L’intelligence artificielle générative s’est imposée dans les entreprises françaises plus rapidement que les organisations n’ont su adapter les parcours d’intégration des jeunes talents », alerte l’Association nationale des DRH (ANDRH) dans une enquête publiée le 16 septembre 2026[1]. Les résultats mettent en évidence une maîtrise encore limitée des outils et une formation à l’IA insuffisante, mais aussi un risque de réduction des postes accessibles aux jeunes en début de carrière, en l’absence d’une adaptation suffisante de leurs parcours d’intégration.
Un décalage entre le déploiement de l’IA et son appropriation
La majorité des entreprises a déjà franchi une première étape dans l’introduction de l’IA générative : 63 % l’utilisent désormais, à une échelle générale (37 %) ou plus ciblée (26 %), et 20 % l’expérimentent encore dans le cadre de projets pilotes.
Cette avancée contraste avec le niveau d’appropriation observé. L’utilisation des outils est considérée comme réellement efficace par seulement 8 % des professionnels RH interrogés. Dans la majorité des entreprises, les pratiques demeurent variables selon les équipes (59 %), voire encore limitées ou inadaptées (26 %).
Le même décalage apparaît dans la préparation des jeunes collaborateurs. Un programme de formation à l’IA leur est spécifiquement consacré seulement dans 12 % des entreprises, tandis que 58 % ne prévoient aucune initiative de ce type à court terme. L’accès aux outils semble ainsi progresser beaucoup plus rapidement que l’accompagnement nécessaire à leur bonne utilisation.
Les missions confiées aux jeunes salariés évoluent sans adaptation suffisante de leurs parcours
L’introduction de l’IA transforme progressivement le travail confié aux jeunes en début de carrière. Parmi les professionnels interrogés, 34 % observent déjà une modification des missions attribuées aux stagiaires, aux alternants et aux jeunes recrues. Pour 9 % d’entre eux, cette évolution se traduit plus précisément par une diminution significative des tâches d’exécution.
Les réponses apportées à ces transformations restent encore limitées. Un quart des entreprises forme les jeunes à une utilisation responsable de l’IA, 22 % renforcent le mentorat et 18 % leur proposent d’exercer leur analyse critique sur les résultats produits par les outils. Dans le même temps, 41 % n’ont toujours pas redéfini leurs parcours d’intégration et 33 % ne prévoient aucune nouvelle mission pour remplacer les tâches qui disparaissent.
Si les effets sur l’emploi restent encore contenus, 66 % des entreprises maintenant leurs volumes de recrutement de juniors et d’alternants, une évolution semble néanmoins se dessiner : 23 % ont déjà réduit ces recrutements ou envisagent de le faire.
Une transmission des savoirs fragilisée malgré l’intérêt porté à l’IA
La disparition de certaines tâches d’exécution soulève également la question de l’apprentissage au contact des salariés plus expérimentés. 26 % des entreprises, constatent déjà une raréfaction des échanges informels permettant la transmission des savoirs entre les générations. Pourtant, cet enjeu n’est pas encore considéré comme prioritaire par 45 % d’entre elles.
Le regard porté par les jeunes sur l’IA apparaît, quant à lui, contrasté. Selon 66 % des professionnels RH interrogés, les outils reçoivent un accueil favorable au sein des équipes juniors. Cet intérêt n’exclut toutefois pas certaines préoccupations : 28 % des répondants perçoivent chez les jeunes des inquiétudes relatives à leur employabilité et 15 % constatent une pression accrue liée à la performance.
Pour l’ANDRH, l’enjeu est donc clairement posé : « ne pas laisser l’IA se substituer à l’entrée des jeunes dans le monde du travail ».
Vous trouverez, ci-après, l’intégralité du communiqué de presse présentant les résultats de l’enquête ANDRH :
[1] Enquête menée par l’ANDRH auprès de ses adhérents entre le 25 juin et le 31 juillet 2026. Elle repose sur les réponses de 220 professionnels des ressources humaines, issus d’entreprises de toutes tailles et de tous secteurs d’activité en France. Parmi les répondants, 93 % sont des professionnels RH en activité et 75 % exercent les fonctions de DRH ou de RRH.