« À chaque étage (information, outils, réaction de l'employeur) l'intention est là, mais l'exécution concrète décroche », relève la deuxième édition du Baromètre sur le harcèlement au travail, réalisé par Ipsos bva pour Qualisocial, en partenariat avec AvoSial[1]. Les résultats dévoilés en octobre 2026 témoignent de la persistance du phénomène : 33% des salariés déclarent avoir été victimes présumées de harcèlement au cours de leur vie professionnelle, une situation qui reste globalement stable par rapport à 2022 (35%). De plus, 40% des salariés indiquent avoir déjà été témoins d’au moins une situation de harcèlement présumé, tandis que 74% considèrent que ces situations sont répandues et 59 % qu’elles le sont davantage qu’il y a dix ans.
Salariés à temps partiel, contrats précaires, jeunes et femmes : des catégories davantage exposées
L’exposition au harcèlement varie sensiblement selon les catégories de salariés : elle concerne 47% des salariés à temps partiel, 44% des titulaires d’un contrat précaire et 42% des jeunes âgés de 18 à 24 ans. Les femmes restent également davantage concernées que les hommes : 38% déclarent avoir été victimes de harcèlement au cours de leur carrière, contre 28% des hommes.
Une information qui progresse, mais une difficulté d’identification des situations de harcèlement qui persiste
« Le problème n'est plus la sensibilisation générale, c'est la qualification juridique concrète », constatent les auteurs. Il s’avère ainsi que la moitié des salariés sondés se considèrent désormais bien informés sur la législation en la matière (contre 35 % en 2022).
Or, cette connaissance améliorée ne s’accompagne pas d’une meilleure capacité à reconnaître les différentes situations de harcèlement : 77 % des répondants jugent toujours difficile de les identifier précisément (contre 73% en 2022). Dans le détail, seuls 54% des salariés identifient correctement une situation de harcèlement sexuel et 52 % parviennent à qualifier un agissement sexiste, tandis que 28 % assimilent à tort ce dernier à du harcèlement sexuel. L’agression sexuelle, situation plus physique et explicite, est en revanche correctement reconnue par 76 % des répondants.
Des dispositifs encore peu visibles
Seuls 43 % des salariés connaissent l’action du référent harcèlement, alors que 30 % ne sont pas en mesure de se prononcer sur son rôle. Parmi les victimes présumées, seules 4% se sont tournées vers ce référent et 3% déclarent avoir reçu son soutien.
À ce manque de visibilité s’ajoute la peur des répercussions professionnelles : 51% des salariés craignent qu’un signalement ait des conséquences négatives sur leur carrière. Cette inquiétude s’élève à 64% chez les jeunes de 18 à 24 ans et 56% chez les femmes. Cela étant, seuls 59% des répondants se sentiraient en sécurité pour évoquer une situation dont ils s’estimeraient victimes.
L’enquête interne bénéficie pourtant d’une large adhésion : 81% des salariés approuvent sa réalisation après le signalement d’un comportement inapproprié, dont 48 % de manière systématique. Toutefois, seuls 14% déclarent avoir connaissance d’une enquête menée dans leur structure au cours des douze derniers mois. Pour les auteurs, ces résultats confirment la nécessité de mieux faire connaître les dispositifs de signalement et de structurer des enquêtes confidentielles et contradictoires, conduites par des personnes formées.
La réaction des employeurs jugée moins satisfaisante qu’en 2022
L’appréciation de la réaction des employeurs se dégrade par rapport à 2022. Parmi les salariés dont la situation a été portée à la connaissance de l’employeur, 52% estiment que celui-ci a bien réagi, contre 59% en 2022. Dans le détail, seuls 17% considèrent désormais sa réaction comme « très bien adaptée », contre 33 % en 2022. À l’inverse, la proportion de salariés jugeant cette réaction « très mal adaptée » passe de 23% en 2022 à 28% en 2026.
Un décalage apparaît également entre les actions annoncées et leur efficacité perçue. Si 57% des salariés déclarent qu’au moins une action est mise en œuvre dans leur organisation contre le harcèlement, il s’agit principalement d’actions de communication (36%) ou de formation (26%). Pourtant, seuls 21% considèrent que les membres de leur organisation sont réellement formés pour détecter une situation de harcèlement.
Une exposition accrue aux comportements inappropriés via les outils numériques
Plus d’un quart des salariés (28%) déclarent avoir déjà été confrontés à des comportements inappropriés au moyen d’un outil numérique professionnel. Les jeunes âgés de 18 à 24 ans sont particulièrement concernés (53%), tout comme les managers (45%, contre 23% des non-managers).
Les résultats mettent aussi en évidence une évolution significative du rôle protecteur attribué au télétravail face aux comportements inappropriés. Alors qu’en 2022, 45% des salariés estimaient que le travail à distance permettait de mieux s’en protéger, 91% considèrent désormais qu’il n’a aucune incidence sur ce risque. Cette évolution est d’autant plus significative que les télétravailleurs déclarent être davantage confrontés à des comportements inappropriés via les outils numériques professionnels (41%, contre 22% des salariés en présentiel).
Vous trouverez, ci-après, l’intégralité de la deuxième édition du « Baromètre harcèlement au travail », Octobre 2026.
[1] Enquête Ipsos bva réalisée pour Qualisocial, en partenariat avec AvoSial, auprès d’un échantillon national représentatif de 2 000 actifs travaillant dans une structure privée ou publique d’au moins cinq personnes. L’enquête a été menée du 29 mai au 8 juin 2026.