La France face à un taux de démission élevé mais pourtant prévisible

Emploi
Gestion de l'emploi

- Auteur(e) : Altina POTOKU

 

Il résulte d’une étude de DARES, publiée le 11 octobre 2022, que depuis fin 2021 et début 2022, la France a atteint un niveau historiquement haut de démissions. La question se pose de savoir quelles sont les causes et les facteurs ayant provoqué actuellement un taux de démission aussi élevé. C’est via une étude que la DARES présente ces différents facteurs.

 

  • Un taux de démission élevé reflétant la reprise suite à une crise

 

Tout d’abord, après les premières vagues de la crise de Covid-19, il a été constaté que beaucoup de salariés ont quitté leur poste de travail, pour se retirer du marché de l’emploi.

Le taux de démission de 2,7 % observé en France au 1er trimestre 2022 selon l’étude de la DARES, confirme que le marché du travail en France fait également face à un taux de démission élevé.

Mais cette augmentation du taux de démission, due au contexte actuel, c’est-à-dire à la reprise suite à la crise du Covid-19, se présente comme étant normale, car ce dernier est bas durant les crises et augmente en période de reprise. Ce phénomène s’explique par le fait que durant les phases d’expansion économique, de nouvelles opportunités d’emploi apparaissent, incitant à démissionner plus souvent. Les salariés sont donc moins hésitants à changer de travail, qu’en période de crise.

Cependant, il existe une nuance pour la situation française, car ce taux n’est pas inédit, ni inattendu. (Actuellement le taux est « au plus haut depuis la crise financière de 2008-2009, mais reste en inférieur aux niveaux qu’il avait avant le début 2008 (2,9 %) ».

 

  • Les différents facteurs motivant les salariés à la démission

 

Le taux d’emploi est lui aussi plus élevé après une crise, et continue de progresser pour toutes les tranches d’âge.  La plupart de salariés démissionnent pour un changement de poste, mais ne quittent pas réellement le marché du travail, ils changent simplement d’emploi, car selon les premières analyses de la DARES les retours à l’emploi des démissionnaires semblent rapides : « environ 8 démissionnaires de CDI sur 10 au second semestre 2021 » sont en emploi dans les 6 mois qui suivent.

De plus, le dynamisme du marché du travail est marqué par une autre difficulté pour les employeurs, celle du recrutement de salariés, notamment dans l’industrie manufacturière, les services et le bâtiment. Cette situation crée des opportunités pour les salariés en les incitant à démissionner plus facilement, car il s’agit d’une situation dans laquelle le pouvoir de négociation penche en faveur des salariés, pouvant espérer négocier des salaires plus élevés avec des conditions de travail beaucoup plus avantageuses à leur égard.

 

  • L’effet de l’introduction de la rupture conventionnelle sur le taux de démission 

 

Depuis 2008, l’introduction de la rupture conventionnelle, offrant la possibilité aux salariés de rompre le contrat de travail d’un commun accord avec leur employeur, peut laisser penser au premier abord, qu’elle pourrait provoquer une variation du taux de démission, impliquant notamment une baisse de ce dernier, car il a été constaté que « trois quarts des ruptures conventionnelles se seraient substituées à des démissions ». Cependant les analyses de la DARES démontrent le contraire, que malgré l’introduction de ce mode de rupture du contrat de travail à l’amiable « le diagnostic global est inchangé: le taux de démission (hors ou y compris ruptures conventionnelles qui se seraient substituées à des démissions) est élevé ».

 

Par conséquent, le niveau de démissions est certes élevé, mais reste à relativiser au vu des tensions actuelles sur le marché du travail.