IA au travail : le plan « Impulsion IA 2027 » mise sur le dialogue social

Auteur(e) : Maria Evdokia Liakopoulou

Comment associer les partenaires sociaux aux transformations du travail liées à l’intelligence artificielle (IA) ? Et quelle place accorder au dialogue social dans cette évolution? Ces questions occupent une place importante dans le plan « Impulsion IA 2027 », présenté par le Ministre du travail Jean-Pierre Farandou, le 22 septembre 2026. Doté de plus de 80 M€ pour l’année à venir, ce plan comporte 12 mesures articulées autour de trois grandes priorités : « l’acculturation et la formation des actifs ; la sensibilisation et l’accompagnement des entreprises ; le soutien au dialogue social et une meilleure prise en compte de l’impact de l’IA sur le travail et les conditions de travail ». Plusieurs mesures prévoient d’associer les partenaires sociaux aux transformations en cours. Tour d’horizon de ces initiatives. 

  • Une association des partenaires sociaux aux dispositifs de formation et d’évolution des compétences

La formation semble constituer un premier levier d’intervention des partenaires sociaux. Destinée à proposer aux actifs des parcours personnalisés d’initiation et de perfectionnement à l’IA, une plateforme publique et gratuite dite « Explore IA» sera lancée par le gouvernement en janvier 2027. Pour concevoir des contenus adaptés, le dispositif s’appuiera sur un réseau de contributeurs, composé, entre autres, des opérateurs de compétences (OPCO), des branches et fédérations professionnelles et des partenaires sociaux. 

L’apprentissage est également concerné. Le gouvernement prévoit la création, au premier semestre 2027, d’un fonds national de soutien aux centres de formation d’apprentis (CFA) encourageant des offres de formation présentant un caractère stratégique pour une filière, un métier ou un territoire, notamment liées à l’IA. Dans ce cadre, les partenaires sociaux seront associés, aux côtés des acteurs de l’apprentissage et des territoires, à l’identification de ces besoins et à la mobilisation du fonds.

Autre chantier : la prise en compte des pratiques professionnelles dans la reconnaissance des compétences en matière d’IA. C’est ainsi que les compétences à certifier via la nouvelle certification nationale intitulée « Utiliser l’intelligence artificielle dans son activité professionnelle », seront définies en lien avec les entreprises, les branches professionnelles et les partenaires institutionnels, selon les besoins propres aux différents secteurs d’activité.

Le financement des formations devrait lui aussi évoluer. La réforme du compte personnel de formation (CPF), prévue dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027, devrait inscrire les compétences en IA parmi les priorités nationales et élargir les situations dans lesquelles un financement complémentaire de l’employeur, d’une branche ou d’un OPCO permettrait au titulaire d’être exonéré de sa participation financière obligatoire.

Enfin, les branches et les organisations syndicales et patronales seront associées au « Mois de l’IA », une opération destinée à faire connaître aux entreprises, notamment aux TPE-PME, les usages professionnels de l’IA ainsi que les formations et les accompagnements disponibles.

  • L’anticipation des transformations des métiers au coeur du dialogue social des branches professionnelles

Pour aider les branches professionnelles à anticiper les évolutions de leurs secteurs d’activité, le plan mise sur les Engagements de Développement de l’Emploi et des Compétences (EDEC) consacrés à l’IA. Fondés sur une coopération entre l’État et les partenaires sociaux, ces dispositifs permettront de financer des études sectorielles et des actions d’accompagnement des entreprises.

À partir de ces travaux, les branches pourront définir des politiques sur la prévention des impacts RH de l’IA et expérimenter des solutions adaptées, telles que des chartes d’utilisation responsable de l’IA, des outils d’autodiagnostic ou des guides d’accompagnement du changement, avant de les diffuser auprès des entreprises. L’objectif est aussi de donner aux organisations syndicales et patronales, ainsi qu’aux représentants du personnel, des éléments concrets pour discuter des effets de l’IA sur l’emploi, les compétences et les conditions de travail. Pour lancer ces EDEC, un appel à manifestation d’intérêt (AMI), sera lancé par le ministère du Travail. 

  • TPE-PME : préparer le dialogue social dans les projets de transformation par l’IA

Cette volonté d’anticipation se retrouve à l’échelle de l’entreprise avec « Impulsion IA RH », un dispositif expérimental destiné à accompagner les TPE-PME dans la prise en compte des conséquences de l’IA sur l’emploi, les compétences et l’organisation du travail.

Concrètement, les dirigeants des TPE-PME se verront proposer un diagnostic personnalisé des effets potentiels de l’IA, à partir duquel sera élaborée une feuille de route intégrant notamment un plan de développement des compétences, les besoins de formation et les mesures d’accompagnement au changement des salariés. 

Le dialogue avec les représentants du personnel fait également partie du dispositif : pour les entreprises qui en disposent, cet accompagnement devra aussi servir à préparer les échanges avec ces derniers, afin d’aborder de manière transparente les conséquences des projets d’IA sur les métiers, l’organisation et les conditions de travail.

  • Des nouvelles pratiques de dialogue social face à l’IA

Soucieux de l’impact de l’IA sur l’activité professionnelle, notamment en matière d’organisation du travail, de relations professionnelles et de conditions de travail, le gouvernement entend favoriser une discussion collective en la matière.

C’est dans ce but que le projet DIAL-IA, consacré au développement du dialogue social autour de l’introduction de l’IA au travail, sera poursuivi. Une deuxième phase de ce projet sera lancée en 2027, sous le copilotage de l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires) et de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact). Il s’agit de tester, dans une vingtaine d’entreprises et de branches professionnelles, des méthodes de dialogue social technologique adaptées à ces transformations, en combinant formation des acteurs concernés, accompagnement des projets d’intégration de l’IA et capitalisation des retours d’expérience.

Parallèlement, les conditions du travail feront l’objet de deux appels à projets nationaux seront lancés en 2027 et 2028 dans le cadre du Fonds pour l’amélioration des conditions de travail (FACT), piloté par l’Anact. Ils soutiendront des initiatives de TPE-PME visant, d’une part, à améliorer la qualité de vie et les conditions de travail grâce à l’IA et, d’autre part, à mieux prévenir les risques professionnels et à améliorer la prise en compte des enjeux de santé au travail liés à son intégration.

  • Un guide pour clarifier les règles applicables 

Protection des données personnelles, respect de la vie privée, information des salariés et de leurs représentants : l’introduction de l’ IA soulève aussi des questions juridiques importantes. Pour aider les entreprises et les représentants du personnels à mieux s’y retrouver, le ministère du Travail mettra en place en 2027, en lien avec la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), un guide rappelant les obligations applicables. Établi «à droit constant», ce document ne créera pas de nouvelles règles, mais rappellera celles existantes afin d’offrir aux employeurs, salariés et représentants du personnel des repères communs. 

  • Mieux éclairer les discussions des partenaires sociaux autour de l’impact de l’IA sur l’emploi et le travail 

Pour disposer d’une vision plus precise des conséquences de l’IA sur l’emploi et le travail, et mieux alimenter les discussions entre partenaires sociaux, le plan prévoit la création, au premier trimestre 2027, d’un Observatoire de l’impact de l’IA sur le monde du travail, sous l’égide de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares).

Sa mission : analyser les effets de ces technologies sur les métiers, les tâches, les compétences et les conditions de travail. Il travaillera notamment avec les observatoires prospectifs des métiers et des qualifications (OPMQ) des branches professionnelles, France Travail, l’Anact et les acteurs de la recherche. Ses analyses seront rendues publiques et pourront nourrir les échanges entre les partenaires sociaux et les pouvoirs publics sur les évolutions de l’emploi et les besoins d’accompagnement des salariés.

 

Vous trouverez, ci-après, l’intégralité de : Impulsion IA : 12 mesures en faveur d’une IA pour tous, Ministère du travail et des solidarités, communiqué de presse du 22 septembre 2026. 

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