Recherche

  Articles contenants :
et
et


  Traitant du sujet :
  
  

Lettre d'information

Télécharger les lettres d'information  
Télécharger toutes les
lettres d'information


Recevoir la lettre d'information
par mail :

* champ obligatoire






captcha


Télécharger Adobe Reader
 


Les métiers et leurs vulnérabilités au temps de la crise sanitaire : synthèse à partir de la note d’analyse de France Stratégie

> article du 15-05-2020

 

Les mesures adoptées dans le cadre de la crise sanitaire, ont fortement impacté les conditions de vie et les conditions de travail des individus, en creusant les vulnérabilités existantes ou en générant des fragilités nouvelles. Tel est le constat de la note d’analyse de France Stratégie[1], publiée le 29 avril 2020. L’institution s’appuie sur une méthode d’identification des facteurs de vulnérabilité afin de mieux appréhender les nouveaux risques (1). A partir de ces facteurs, l’étude établit une typologie inédite révélant une image hétérogène des métiers au temps de la crise sanitaire (2).

1. L’identification des facteurs de vulnérabilité permettant de mesurer l’impact de la crise sanitaire sur les métiers 

France Stratégie identifie trois facteurs de vulnérabilité, tout en définissant les indicateurs qui les mettent en évidence :

o   La vulnérabilité économique

Intimement liée au risque de perte de l’emploi pendant ou après les mesures de confinement, la vulnérabilité économique dépend tout d’abord de l’exposition au risque économique des secteurs d’activité qui l’alimentent. Pour déterminer cette exposition, il est nécessaire, selon les auteurs, de procéder à une estimation secteur par secteur. Elle dépend, ensuite, de la proportion des professions étant dans l’incapacité de travailler à domicile. Pour ces professions, « la probabilité d’arrêt des activités est accentuée ». Enfin, la vulnérabilité économique dépend de la part des statuts précaires, ce qui renvoie à la fragilité des statuts d’emplois intérimaires, saisonniers, CDD y compris stagiaires, et au risque important de faillite des indépendants sans salariés.

o   La vulnérabilité au prisme des conditions de vie

La note identifie trois sources de vulnérabilité des conditions de vie. Premièrement, il s’agit de la conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle, qui se présente sous trois variables : la contrainte d’espace différencié entre les personnes vivant dans un environnement urbain et celles vivant dans un environnement rural, les contraintes différenciées des travailleurs confinés, selon qu’ils ont à s’occuper ou non de leurs enfants, la configuration familiale et les contraintes plus poussées des familles monoparentales. Deuxièmement, il s’agit des contraintes financières notamment pour ceux qui cumulent un faible revenu et des charges de loyer ou d’emprunt. Enfin, il s’agit des situations spécifiques de handicap ou de perte d’autonomie « qui renforcent les contraintes des professionnels qui les vivent ».

o   La vulnérabilité au prisme des conditions de travail

La note rappelle que les conditions de travail renvoient aux contraintes physiques psychologiques ou horaires du métier, susceptibles d’être exacerbées par la crise sanitaire. De plus, la pandémie révèle une autre dimension, celle du contact direct avec le public qui aggrave la vulnérabilité des conditions de travail.

Pour appréhender ces aspects, quatre indicateurs sont mis en évidence par les auteurs. Tout d’abord, il s’agit de la vulnérabilité aux horaires atypiques qui est renforcée pour ceux qui continuent de travailleur pendant la crise. Il s’agit, ensuite, de la vulnérabilité physique (postures pénibles, exposition à des produits dangereux) à laquelle peuvent être confrontés les métiers dont l’activité est maintenue, voire intensifiée pendant le confinement. En outre, il est question de la vulnérabilité à l’intensité du travail (pression temporelle et charge mentale). L’étude remarque ainsi que certains professionnels « seront davantage sujet à cette intensification du travail pouvant conduire à des risques psycho-sociaux ». Elle avertit par ailleurs que la crise actuelle pourrait renforcer ce risque pour les professionnels qui en étaient déjà exposés. In fine, il s’agit de la vulnérabilité au contact avec le public, ce qui renforce à la fois le risque sanitaire et l’exposition au stress des professionnels exerçant dans des activités essentielles.

2. A chaque métier ses vulnérabilités

L'évaluation des indicateurs de vulnérabilité pour chaque profession a permis aux auteurs de distinguer :

o   Les « vulnérables de toujours » et les « nouveaux vulnérables » très exposés au risque économique

Les professionnels qualifiés comme « vulnérables de toujours » désignent une catégorie majoritairement masculine, incluant les artisans et les ouvriers de l’industrie et du bâtiment. Ces métiers font face à une vulnérabilité économique « d’hier et d’aujourd’hui »,  liée à  la précarité de leurs statuts (plus d’un sur 5 exerce en CDD ou en intérim), conjuguée à l’impossibilité de travailler à domicile et complétée par une fragilité financière, avec des salaires médians inferieurs à la moyenne. Au fort risque économique, s’ajoutent des contraintes liées aux conditions de vie (résidence, charge des enfants pour les professions les plus féminisées) et de travail (risques physiques et psycho-sociales).

La catégorie des « nouveaux vulnérables », comprend les professions des transports et de l’entreposage, de l’hôtellerie et de la restauration, des services aux particuliers et les professionnels des arts, des spectacles, de la culture et du sport. Ces métiers affrontent « une crise économique inédite », du fait de la nature même de leur activité les mettant en contact direct avec le public, et sont très exposés au ralentissement ou à l’arrêt prolongé de leur activité. Malgré le dispositif d’activité partielle qui bénéficient, leurs statuts les fragilisent. Cela est dû au fait que, d’une part, la part de contrats salariés non permanents atteint 20% en moyenne de ces professions, et d’autre part, leur activité ne peut être exercée à distance. Au fort risque économique s’ajoutent, comme c’est le cas pour la catégorie précédente, des difficultés financières (avec un salaire médian de 1 550 euros mensuels) et des conditions de travail difficiles liées à l’exposition aux horaires atypiques et aux risques physiques.

Ces deux catégories totalisent 8,5 millions de personnes, soit 32% de l’emploi et coïncident largement avec les salariés placés en activité partielle.

o   Les métiers « du front » exposés à la vulnérabilité des conditions de travail

Cette catégorie représente 10,4 millions de personnes exerçant des métiers de la santé, de l’éducation, de la propreté, de l’alimentaire et de sa distribution et des fonctions régaliennes. En première ligne pour répondre à l’urgence sanitaire, ces métiers sont très exposés à la vulnérabilité des conditions de travail.

Ils sont pour la plupart exposés à un risque sanitaire par le contact avec le public (73% d’entre eux). Certains ont été déjà exposés à ce risque, d’autres le seront avec le déconfinement.  

Pour les professionnels de santé, cette vulnérabilité est également liée à la charge mentale et la pression temporelle, dues notamment à la réorganisation des services et l’afflux de patients, « ce qui est susceptible d’aggraver des conditions de travail déjà jugées difficiles ».

La particularité des métiers des services à la personne, majoritairement féminins et davantage exercés par des parents isolés, « renforce les difficultés à concilier la garde des enfants avec un rythme de travail intense ».

o   Les télétravailleurs face à une difficile conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle

Cette catégorie comprend en grande partie les cadres dont la capacité à travailler à distance et leur statut d’emploi leurs permettent de poursuivre leur activité. Près de 4 millions d’emplois sont concernés.

Bien qu’exposés à un risque économique faible, ils font néanmoins face à un nouveau risque d’hyperconnectivité. Appelés à adapter l’organisation de l’entreprise aux mesures de confinement, à répondre aux urgences et à préparer les modalités de reprise, « ils s’exposent à une dégradation de leurs conditions de travail, aggravée par la difficulté à concilier vie familiale et vie professionnelle ».

o   Les métiers exposés à l’inactivité partielle

Cette catégorie inclut certaines professions intermédiaires ou métiers d’employés qualifiés, qui ne se retrouvent pas dans les groupes précédents, mais qui subissent la crise à cause d’une inactivité partielle. Leur difficulté à télétravailler, leur dépendance des collectifs de travail qu’ils soutiennent et l’autonomisation de ces collectifs pendant le confinement les exposent « à des risques d’éloignement de la sphère professionnelle et de désocialisation ». Ainsi, la reprise de l’activité pour ces 4 millions d’emplois pourrait nécessiter, selon les auteurs, une « adaptation des méthodes de soutien et d’encadrement » et même imposer « une mise à niveau des compétences numériques de ces métiers ».

Source : France Stratégie

 

En conclusion, les auteurs attirent l’attention sur cette image hétérogène des métiers dans la crise et appellent à un traitement différencié des risques auxquels ils sont confrontés. A cela s’ajoute un regain de l’intérêt pour les nouvelles technologies qui nécessitent des adaptations « à la fois pour tenir compte des innovations, pour repositionner les tâches et les hiérarchies bouleversées par la distanciation sociale ». Il n’en reste pas moins que la récurrence des crises impose, selon les auteurs, une vraie réflexion sur les nouveaux modes d’organisation du travail.

 

Vous trouverez, ci-dessus, l’intégralité de la note d’analyse de France Stratégie.


par : Evdokia Maria Liakopoulou




 
 
Retour à l'accueil de Dialogue social.fr

Institut du travail - Université Robert Schuman à Strasbourg

Université de Strasbourg

LOGO-DIRECCTE.gif