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Evénement du 21/10/2013

La responsabilité et ses équivoques. Séminaire organisé par le Groupe Ethique et droits de l’homme de l’Université de Strasbourg Un lundi par mois de 18h à 20h. Lieu : Palais Universitaire Strasbourg

S’il est une notion qui se prête aisément au débat (si ce n’est à la dispute) interdisciplinaire, c’est bien celle de « responsabilité ». Le droit, bien entendu, l’éthique, la philosophie et la théologie, en ont fait l’une de leurs catégories cardinales, mais la sociologie, la science politique et l’économie s’en sont emparé et s’y intéressent de plus en plus. Concept juridique à l’origine, la responsabilité désigne l’aptitude à rendre compte de ses actes et de ceux des personnes dont on a la garde (et dont on se porte garant). De par ses affinités étymologiques avec le verbe « répondre », la responsabilité renvoie non seulement à la capacité de « répondre à » ceux qui demandent des comptes, mais surtout à celle de « répondre de » sa conduite, c’est-à-dire d’assumer les conséquences (y compris les sanctions pénales ou les obligations de réparation) de ses paroles et de ses actions. La responsabilité exprime donc la qualité de celui qui se reconnaît l’auteur de ce qu’il a fait.

D’emblée, la notion juridique de responsabilité endosse une vigoureuse charge éthique : une personne responsable a le souci de sa tâche, de ceux qui lui sont confiés, et des effets de son comportement. Inversement, une personne irresponsable agit à la légère, sans se préoccuper ni des normes a priori qui encadrent la vie sociale, ni des conséquences a posteriori de son agir.

Parmi les courants de la réflexion éthique, la tension entre morale de principes et conséquentialisme a cependant eu tendance à réserver la notion de responsabilité aux débats sur les conséquences, à l’instar du clivage établi par Max Weber entre « éthique de conviction » et « éthique de responsabilité ». Cette tendance s’est encore accentuée avec l’oeuvre de Hans Jonas, dont le Principe responsabilité, en réponse au Principe espérance d’Ernst Bloch, formule en ces termes son impératif catégorique : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur la terre ». L’éthique de responsabilité ne peut plus aujourd’hui négliger la prise en compte des générations futures et la considération du principe de précaution.

La philosophie et la théologie ne pouvaient pas ne pas prendre la mesure des enjeux du débat sur la responsabilité : que signifie être l’auteur de ses actes ? Quelle est la nature du lien que l’homme entretient avec ce qu’il réalise comme avec ce qui lui arrive ? Le problème de la liberté surgit dès lors que l’on considère l’enchevêtrement des déterminations et des conditionnements, la distinction entre les actions directes et indirectes, les statuts différenciés de patient, d’agent, d’acteur et de sujet. Le postulat de la pure responsabilité du sujet présuppose un libre arbitre qui ne se confirme guère empiriquement. C’est pourquoi la responsabilité peut être atténuée. La fameuse formule de Georgina Dufoix : « responsable mais pas coupable », prononcée en 1991 au sujet de l’affaire du sang contaminé, a vivement nourri le débat entre philosophes, éthiciens et politistes. Jacques Ellul, par exemple, défendait la légitimité de l’expression, en indiquant le découplage de plus en plus net entre la scène politique et les véritables lieux de prise de décisions. Sociologues et économistes ont mis en exergue le reflux de la responsabilité dans une société marquée par la défiance : la condition même de l’exercice de la responsabilité, qu’il s’agisse de la responsabilité civique face aux incivilités ou de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, n’est-elle pas en effet la restauration de la confiance sociétale ? Le lien social est mis à mal et la responsabilité s’effiloche dès lors que règne le soupçon.

C’est sur la base de ces présupposés que peuvent être examinées, de manière résolument critique, les équivoques de la responsabilité. Car l’inflation outrancière d’un vocable dans le discours médiatique révèle bien souvent la dissolution du référent qu’il évoque : plus on parle de responsabilité, plus on s’efforce d’occulter ses propres inconséquences. Ne retrouve-t-on pas là un mécanisme classique de corrélation entre l’évanescence empirique d’un principe (la liberté, la fraternité, la révolution…) et son exaltation discursive ? Mais cette première équivoque nous conduit directement à en envisager une seconde : la notion même de « responsabilité » a subi ces dernières décennies de profondes mutations sémantiques. Et de ce fait, on ne parle plus du tout de la même chose lorsque l’on énonce la pertinence d’un comportement « responsable » : s’agit-il encore de responsabilité au sens classique, ou plutôt de « réalisme », de calcul, de précaution, de sécurité, voire d’obsession sécuritaire ? Le quiproquo est d’autant plus tenace que les divers interlocuteurs peuvent entendre le concept de manière différenciée, selon les acceptions traditionnelles ou contemporaines. Au-delà du dialogue de sourds, une telle configuration ouvre la porte à toutes les manipulations idéologiques. Si la responsabilité classique reposait sur le postulat d’un certain libre arbitre et d’une vigoureuse conscience morale afférents au sujet responsable, la responsabilité contemporaine, au contraire, tend à privilégier la soumission à des procédures formelles d’assurance contre tous les risques potentiels.

Une troisième équivoque relève des tendances lourdes à la « judiciarisation » de la responsabilité. Cette équivoque est d’autant plus retorse qu’elle s’appuie sur les affinités évidentes, déjà évoquées, entre le concept de responsabilité et sa matrice juridique. Mais l’enfermement des problématiques de la responsabilité dans la sphère judiciaire, davantage encore que juridique, conduit à évacuer toute posture éthique, dans le cadre d’une évolution sociale de plus en plus marquée par l’emprise de l’institution judiciaire sur les relations entre personnes et entre groupes. Paradoxalement, l’emphase de la responsabilité pénale affecte les fondements de la responsabilité éthique et civique.

Enfin, une dernière équivoque de la responsabilité concerne les questions de gouvernance locale, régionale, nationale et internationale. L’émergence récente et la fortune fulgurante de cette notion de « gouvernance » mériteraient à elles seules de rigoureuses analyses critiques. Mais le problème qui nous occupera en priorité est celui du statut de l’acteur dans le cadre de ces nouvelles orientations d’exercice du leadership et de gestion des affaires. Si le discours officiel tend à exalter le rôle de l’acteur en prétendant que la gouvernance ne fait que traduire sa responsabilité, un regard plus affiné pourrait conclure au contraire à la dilution de tout engagement responsable de cet acteur. Cette analyse ne ferait sans doute de croître en acuité et en pertinence si nous examinons les modalités effectives de l’exercice de la responsabilité des États dans les relations internationales.

Le Séminaire interdisciplinaire « Éthique et droits de l’homme » se propose donc, pour les années universitaires 2012-2013 et 2013-2014, de considérer à nouveaux frais les différentes dimensions de la notion de responsabilité, d’en discerner les équivoques et si possible de l’en émanciper. À raison d’une conférence par mois, confiée chaque fois à un orateur différent, et suivie d’un débat sans tabou, nous nous donnerons les moyens de croiser les regards disciplinaires et subjectifs, afin de promouvoir une approche lucide de la condition de l’homme en régime de modernité tardive.
 

PROGRAMME DU SÉMINAIRE

21 octobre 2013
« Sens de la peine et responsabilité : quand le législateur fait la “révolution”
(loi pénitentiaire du 24 novembre 2009) »
par M. Pierre-Victor Tournier
(juriste, directeur de recherches au CNRS, Université Paris 1)

18 novembre 2013
« La protection de la santé au travail : les responsabilités de l’Etat et de l’employeur »
par M. Francis Meyer
(juriste, spécialiste de Droit privé, Institut du Travail, Université de Strasbourg)

16 décembre 2013
« Du principe responsabilité au principe sécurité. Au sujet d’un livre de Frédéric Gros »
par M. Daniel Frey
(philosophe, CSRES,
Université de Strasbourg)

13 janvier 2014
« Télésurveillance pour proxi-sécurité. Les enjeux de l’usage responsable des TIC »
par Mme Marie-Jo Thiel
(médecin et éthicienne, Faculté de théologie catholique,
directrice du CEERE, Université de Strasbourg)

3 février 2014
« La responsabilité de juger : l’exemple de la Cour européenne des droits de l’homme »
par M. Jean-Paul Costa
(juriste, conseiller d’Etat honoraire,
ancien président de la Cour européenne des droits de l’homme,
président de l’Institut international des droits de l’homme)

3 mars 2014
« La responsabilité de juger : le point de vue du magistrat »
par M. Denis Salas
(magistrat, formateur à l’Ecole de la magistrature,
secrétaire général de l’association française pour l’histoire de la justice,
directeur scientifique des Cahiers de la justice,
Centre d’études des normes juridiques, EHESS)

14 avril 2014
« L’engagement de Dietrich Bonhoeffer : une éthique de responsabilité ? »
par M. Frédéric Rognon
(philosophe, CSRES, Université de Strasbourg)




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