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Egalité professionnelle et non discrimination

Haut conseil à l’égalité : la prévalence du sexisme au travail demeure forte

> article du 29-11-2021

Un double mouvement marque la situation des femmes en France et dans le monde : D’un côté, l’avènement de la crise sanitaire « révélatrice de l’exposition des femmes dans les métiers mal reconnus du care ou du service aux personnes et amplificatrice des violences intrafamiliales ou du déséquilibre des tâches et des temps de vie ». De l’autre côté, l’émergence de la parole inédite des femmes dans le sillage de #MeToo, « parole qui n’a cessé de prendre de l’ampleur dans des sphères multiples : art, sport, enseignement supérieur ».

C’est ce double mouvement que le rapport annuel 2020-2021 du Haut conseil à l’égalité (HCE), publié le 18 novembre 2021, essaie d’éclaircir. Dans une première partie, il analyse les conséquences de la crise sanitaire sur les femmes et fait un bilan des manifestations du sexisme qui ont entravé leur vie. Dans une deuxième partie, le rapport s’intéresse à l’analyse d’un sujet spécifique, celui du sexisme dans la presse écrite et formule 20 recommandations pour y améliorer la place des femmes. Parmi elles, l’introduction des quotas de femmes aux postes décisionnaires et à responsabilités éditoriales, la mise en œuvre d’un principe d’éga-conditionnalité via un système progressif de bonus-malus portant sur les aides à la presse, ou même la création d’un « Observatoire de l’égalité dans la presse ».

  • La faible reconnaissance de l’emploi des femmes durant la pandémie

Le rapport rappelle que, lors de la crise sanitaire, les métiers dits « de première ligne » notamment les métiers du care, se sont révélés essentiels pour le fonctionnement de la société et sont presque exclusivement effectués par des femmes :  elles représentent 83 % des salariés pour les métiers d’aide aux personnes et métiers de la propreté, 67 % dans l’enseignement, 77,3 % des médecins et personnels non médicaux à l’hôpital et 87,4 % du personnel dans les EHPAD. Leur mobilisation va de pair avec une surexposition à des risques psycho-sociaux du fait de l’intensification des tâches ainsi qu’aux risques de contamination à la Covid.

Pourtant, les rapporteurs déplorent le fait que la reconnaissance financière et sociale des femmes durant la pandémie « ne semble pas être à la hauteur du service rendu et de leurs compétences ». Leur invisibilisation dans les plateaux télé et dans le contenu de la presse écrite est ainsi patente. Leur difficile situation financière est aussi emblématique : « avec un diplôme équivalent à une licence et des conditions de travail très exigeantes, les infirmières travaillant à l’hôpital en France, de l’ordre de 500 000, perçoivent une rémunération inférieure de 5 % au salaire moyen en France ».

En tenant compte de ces constats, le HCE avertit du risque d’une régression de la place des femmes sur le marché de l’emploi et une aggravation des écarts entre femmes et hommes dans les rôles sociaux de genre au sein de la sphère privée. Il recommande, par conséquent, une revalorisation des grilles d’évaluation et les systèmes de classification des emplois majoritairement occupés par des femmes dans les secteurs du soin, de l’enseignement et du lien social.

  • Le sexisme en entreprise : trop peu d’améliorations

En s’appuyant sur les résultats du baromètre du collectif #StOpE[1], le HCE constate une forte prévalence du sexisme en entreprise. C’est ainsi que huit collaboratrices sur 10 affirment avoir déjà entendu des blagues sur les femmes au sein de leur entreprise. Par ailleurs, les phénomènes de mansplaining et de manterrupting[2] sont loin de disparaitre : deux tiers des femmes font état d’une certaine marginalisation ou dévalorisation en réunion (64 %) [particulièrement d'un non-respect de leur temps de parole (35 %) ou de la non-reconnaissance de leurs avis à leur juste valeur (34 %)] et un salarié sur deux estime avoir déjà entendu des propos remettant en cause les capacités managériales des femmes.

Or, ce sexisme a de fortes conséquences tant sur la confiance et le comportement des femmes que sur le fonctionnement de l’entreprise, dans la mesure où la majorité des femmes « estiment que le sexisme, en altérant leur sentiment d'efficacité, a réduit leur performance au travail ».

Le rapport confirme également que les femmes doivent encore faire face à de nombreux obstacles dans l'avancement de leur carrière. C'est ainsi que plus de 90% des femmes perçoivent des différences de traitement en termes d'augmentations salariales, de primes ou de promotions. "Un plafond de verre persistant qui empêche les femmes d'accéder aux sphères décisionnelles et aux postes à hautes responsabilités", soulignent les auteurs. Cela étant, le HCE recommande que l'accompagnement des salariés dans la lutte contre le sexisme fasse l'objet d'actions délibérées, tant au niveau de l'Etat que des entreprises.

Vous trouverez, ci-après, l’intégralité du Rapport annuel 2020-2021 sur l’état du sexisme en France, publié par le HCE le 18 novembre 2021.



[1]Consultation menée par Internet du 19 janvier au 9 février 2021 auprès de grandes entreprises françaises membres de l’initiative #StOpE Stop au Sexisme dit « Ordinaire » en Entreprise, lancée par EY, L’Oréal et Accor en décembre 2018, et ayant rassemblé les réponses de 64690 salariés.

[2]Selon le rapport, le manterrupting correspond au comportement des hommes qui interrompent, sans raison apparente, les femmes quand elles parlent lors de débats et de discussion. Le mansplaining fait référence à une situation dans laquelle un homme explique à une femmes quelque chose sur un ton condescendant, alors même qu’elle connaît déjà le sujet, voire qu’elle en est experte.


par : Evdokia Maria Liakopoulou




 
 
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