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Rapport d'information du Sénat portant sur l'avenir du télétravail après la crise sanitaire

> article du 25-11-2021

 

Dans un rapport en date du 22 octobre 2012, les rapporteurs de la délégation sénatoriale à la prospective Céline Boulay-Espéronnier, Cécile Cukierman et Stéphane Sautarel se sont penchés sur les conséquences de la crise sanitaire sur le monde du travail en s'intéressant au thème du télétravail. Tout en analysant la question de l'avenir du télétravail au sein de la société, ce rapport s’attache à la portée de sa mise en place durant la crise sanitaire.

Les auteurs du rapport font une description des avantages mais aussi des inconvénients de ce mode de travail à travers le descriptif de différents aspects. D’une part, les auteurs du rapport montrent que le télétravail ne peut pas concerner tout le monde du fait que certains métiers sont télétravaillables tandis que d’autres ne le sont pas. D’autre part, ils nous rappellent aussi que certains métiers, tels que ceux du secteur de la médecine, se situent entre ces deux catégories et qu’une meilleure organisation sociale doit se mettre en place afin de rendre ces métiers télétravaillables. Ensuite les rapporteurs montrent que différentes formes de télétravail existent, et ainsi, que de nouvelles contraintes émergent par l’apparition de risques psychosociaux ou économiques.

Dans ce rapport, les auteurs émettent, à travers huit questions, plusieurs conjectures sur les quinze prochaines années portant sur le développement de ce mode de travail. Il en ressort, à ce titre, plusieurs aspects notables.

Dans un premier temps, le rapport commence par aborder la question du télétravail pour tous d’ici à 2050. Il rappelle d’abord que “la révolution numérique” a rendu cela possible. Avant la crise sanitaire il n’y avait en France que 3% de télétravailleurs réguliers et 4% de télétravailleurs occasionnels. Il en ressort qu’en Europe se trouvaient seulement 15% de télétravailleurs en 2018. Une enquête de la DARES d’avril 2020 montrait que le télétravail avait fortement progressé et concernait 25 % des salariés. Selon le baromètre Malakoff Humanis, 31 % des salariés étaient en télétravail en décembre 2020 contre 30 % en novembre 2019. Durant la crise sanitaire, ce chiffre est monté à 41%.

Le rapport présente ensuite les avantages du télétravail portant à la fois sur le transport et l'amélioration de l’autonomie en permettant une meilleure conciliation entre vie personnelle et professionnelle au travail. Il s’appuie sur un sondage Elabe publié en juin 2021 pour appuyer le fait que plus de 80% des salariés en télétravail durant la crise sanitaire souhaitent le poursuivre tout en craignant, dans le même temps, l’isolement et le manque d’interaction sociale.

Pour les employeurs, des économies au niveau des coûts immobiliers se font par le passage à des bureaux partagés. Ces économies peuvent favoriser la productivité et provoquer une réduction de l'absentéisme. Le monde de l’emploi serait cependant difficilement télétravaillable à part entière et cela même de manière volontaire.

Le rapport conclut sur ce point en insistant sur le fait que certains emplois ne se prêtent pas au télétravail par divers facteurs tels que la charge de travail qui se verrait augmenter portant ainsi atteinte à la santé physique et psychique.

Dans un second temps, le rapport s’attache aux effets du télétravail sur la croissance économique. Il s'appuie sur une étude de l'Institut Sapiens qui a démontré que le télétravail a permis d'éviter des pertes de production durant la crise sanitaire de l’ordre de 200 milliards d’euros. Tout en partageant cette idée, les rapporteurs citent une note de la direction générale du Trésor de novembre 2020 qui affirme que le télétravail a eu un impact positif sur la productivité. Cette hausse de la productivité peut résulter d’une augmentation des horaires et d’une meilleure efficacité au travail liée à organisation optimale des tâches mais aussi à réduction des coûts immobiliers.

Néanmoins, des risques de pertes de productivité provoqués par le passage au télétravail sont à envisager. Pour illustrer cette idée, le rapport s’appuie sur l’étude du chercheur japonais Masayuki Morikawa qui, après avoir interrogé des salariés et des managers, affirme que ces derniers n’étaient qu’à 63 % de leur productivité antérieure. Cela peut s’expliquer par une mauvaise mise en œuvre du télétravail poussant à la désorganisation et un travail plus isolé.

Le rapport recommande donc, pour conclure sur cet aspect, de mettre en place un observatoire du télétravail pour améliorer la mise en œuvre du télétravail et ainsi gagner en productivité.

Les auteurs s'intéressent ensuite à la question de la délocalisation par la mise en œuvre du télétravail. Ils expriment l’idée que la délocalisation, qui se déroule depuis la révolution industrielle, se définit par un éloignement entre le lieu d’habitation et le lieu de travail. Cependant, selon eux, certains emplois, industriels par nature, ne sont pas susceptibles de se délocaliser du fait que les outils de production se trouvent de manière physique au sein de l’entreprise.

Cependant, il est à noter que certaines activités de service, représentant 76% de l’emploi en France n’ont pas fait l’objet de délocalisation alors qu’ils étaient pourtant délocalisables du fait de la simultanéité de la production et de la consommation. Pour les auteurs, cette crainte doit être tempérée du fait que la délocalisation d’emplois existe déjà dans les secteurs de la finance, la comptabilité et l’informatique sans que les emplois nationaux dans ces domaines n’aient été délocalisés.

Le rapport recommande donc de procéder à une politique d’attractivité résidentielle en France.

Les rapporteurs se demandent ensuite si le télétravail peut constituer une avancée sociale. Sur ce point, ils rappellent d’abord que le cadre juridique du télétravail s’est mis en place progressivement avec notamment son entrée en 2012 dans le code du travail, avec les articles L. 1222-9 et suivants. « Il n’existe pourtant pas un droit total au télétravail » affirment-ils, car sa mise en œuvre repose sur la négociation au sein des entreprises.

Ce droit au télétravail peut constituer, pourtant, la source de nouveaux risques sociaux en créant une nouvelle inégalité entre ceux qui peuvent télétravailler et ceux qui ne le peuvent pas. Cette inégalité pénalise aussi les télétravailleurs qui ne bénéficient pas d’un environnement de télétravail confortable tout en encourageant la sédentarité en faisant courir de nouveaux risques psychosociaux aux télétravailleurs. Cela pourrait aussi se manifester par une surcharge de travail et une méconnaissance du droit à la déconnexion sur la base de l’article L. 2242-17 du code du travail.

Dans certaines circonstances, le télétravail peut être envisagé comme un progrès social en permettant par exemple aux travailleurs handicapés de travailler sans devoir se déplacer sur le site de l’entreprise, ou aux femmes de mieux articuler leurs tâches familiales et professionnelles. Le télétravail permet aussi d’améliorer l’autonomie des télétravailleurs, qui peuvent mieux maîtriser leur activité. Sans oublier qu’il devient un facteur d’attractivité pour de nombreuses entreprises. Ce qui pousse aussi à la modernisation des pratiques managériales au sein des entreprises en les orientant vers un management par la confiance.

Le rapport conclut sur le fait que le télétravail pourrait être un critère d’appréciation de la responsabilité sociétale des entreprises afin d’inciter à la recherche du bien-être social des télétravailleurs.

Une autre question soulevée par le rapport concerne la relation entre le télétravail et la société. Les auteurs se demandent si le fait d’être totalement en télétravail pourrait être envisageable dans nos rapports sociaux. Pour eux, « la déshumanisation entraînée par le télétravail est redoutable car elle pourrait ne pas se cantonner au domaine du travail ». Seul un modèle hybride du télétravail pourrait s’envisager en permettant une présence physique sur le site de l’entreprise.

Le rapport conclut ce point en ajoutant que le modèle managérial doit être transformé pour apprendre à travailler à distance sans tendre vers une déshumanisation des rapports sociaux.

Le rapport pose ensuite la question de la relation entre le télétravail et l'environnement. Avec la réduction des déplacements, une amélioration de la qualité de l’air dans les grandes agglomérations soumises au confinement à partir du printemps 2020 est apparue. Durant cette période, le but fut de réduire au maximum les déplacements de personnes, tant sur le plan professionnel que non professionnel. Pourtant, l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) estime que le gain en matière de rejet de CO2 par les véhicules automobiles serait modeste. Ce résultat pourrait se manifester du fait que l’on peut aussi constater un accroissement de certains déplacements pour d’autres besoins que le travail.

Le télétravail pourrait néanmoins provoquer une hausse de l’empreinte numérique. Cela se manifeste du fait que le numérique est une raison de la hausse des émissions de gaz à effet de serre. Ce phénomène pourrait être atténué par la baisse des coûts environnementaux, provoqués par la généralisation des bureaux partagés ainsi que la survenance d’une réduction des besoins en construction, en entretien et en chauffage.

Le rapport recommande pour ce point la réutilisation et le partage des objets numériques pour éviter le suréquipement des entreprises et des ménages.

Les auteurs se demandent ensuite si le télétravail entraîne une dépendance face aux outils informatiques. Avec l’apparition du numérique, le recours massif au télétravail fut possible de manière très large. Certaines difficultés apparaissent comme l’hétérogénéité de la couverture à l’accès internet, laissant certains télétravailleurs avec une connexion internet insuffisante. À cela s'ajoute le problème de l'adaptation de ces équipements aux besoins des télétravailleurs. Le télétravail pourrait avoir des difficultés à s’installer dans les PME qui sont moins armées techniquement pour offrir un environnement qui lui est propice.

Le rapport s’attache ensuite à rappeler les risques informatiques. Le premier risque décrit tient à la fracture numérique. Ce risque est provoqué par l’inégalité d’accès aux systèmes informatiques et l’incapacité à utiliser des outils numériques à distance pour certains. La fracture numérique pourrait entraîner une forte désorganisation et des pertes d'efficacité.
La sécurité informatique demeure également au centre des préoccupations des auteurs. Le risque de détournement, intrusions ou piratages est exacerbé par l’usage d'équipements personnels, plus vulnérables et moins sécurisés que les outils professionnels. Enfin, les rapporteurs avertissent sur le risque d’une perte du lien collectif. 

En conclusion, les rapporteurs plaident pour une meilleure gestion des outils numériques, une amélioration des infrastructures numériques ainsi qu’une formation et sensibilisation des salariés.  

 

=> Rapport d'information « 8 questions sur l’avenir du télétravail, vers une révolution du travail à distance ? »


par : Ali-Mehdi OUCHERIF


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